Du 4 au 8 juillet j'ai fait une rencontre incroyable, subjuguée par un homme, eh oui! d'une érudition remarquable, d'une vaste culture, d'un grand charisme le tout saupoudré d'un zeste d'humour...Et je l'ai vu tous les jours aux cours d'été du Louvre!..

Et cet homme c'est Florent Quellier, maître de conférences en histoire moderne à l'Université de Tours, titulaire d'une chaire CNRS sur l'histoire de l'alimentation des mondes modernes.

Le thème portait sur "la gourmandise, histoire d'un péché capital".

Nous allons donc ensemble revoir ces notions du Moyen Age à nos jours.

1er jour

GULA, construction et définition d'un péché capital

Le mot gourmandise vient du latin GULA, gosier, et l'on retrouve ce mot dans plusieurs autres pays, avec divers dérivés comme déglutir, glouton, glotte...

Au Moyen Age il signifie Gloutonnie et est qualifié de péché.

Cette notion se retrouve déjà dès le 4ème siécle avec Evagre le Pontique qui le premier à théorisé les 8 mauvaises pensées du Diable, classifiées de la Gourmandise à l'Orgueil, de la chair vers le spirituel.

Au 5ème siècle le moine Jean Cassien est le 1er en Occident à parler de l'idéal de mortification avec le jeûne.

L'arrivée du Pape Grégoire le Grand au 6ème siècle inverse l'ordre et termine les péchés par la gourmandise et la luxure.

Il interdit de manger entre les repas, car le grignotage s'apparente à une conduite animale. La règle monastique oblige à manger à heures fixes, à ne pas trop manger, ni trop boire, à ne pas se précipiter, à ne pas manger avec avidité, ni à soigner les mets.

GULA est un péché véniel mais avec des conséquences gravissimes d'où son classement en péché capital.

-Les "5 filles vicieuses" de Gula sont: l'obscénité, l'affaiblissement des sens, une loquacité excessive, une joie bête et la perte de pureté.

-Ainsi dans la Bible "le dérèglement du ventre" apparaît dans l'épisode de la vente de son droit d'aînesse d'Esaue contre un plat de lentilles, "l'ivresse" avec la saoûlerie de Noé et la désobéissance d'Adam et Eve qui lie gourmandise et luxure, ventre et bas-ventre sont liés.

Enfin, c'est seulement au 13ème siécle qu'apparaissent les 7 péchés capitaux pour tous et pas seulement pour les moines.

-Orgueil, avarice, colère, envie, paresse, gourmandise et luxure-

A ce moment là, on prône l'éloge de la tempérance, car le jeûne s'apparente finalement à un péché d'orgueil.

Repoussantes images de Gula

Gula est souvent représenté par une truie, un ours, un loup...de la viande rôtie dans les flammes...

cf la Cavalcades des vices de 1510 Chapelle des Saint Sébastien dans les Alpes Maritimes

 

cf Le supplice des Gloutons 16è Venise

 

cf Le supplice de Tantale Fra Angelico Le Jugement dernier 1431

Ce sont souvent les catégories supérieures socialement qui sont touchées par la gourmandise.

 

cf Lucas Cranach Eve et le péché original.

La femme doit avoir de la retenue pour être honnête.

L'Eglise n'a jamais condamné le plaisir alimentaire car créé par Dieu mais il faut le contrôler, de même que la plaisir charnel "croissez et multipliez".

Le moraliste, le pédagogue et le médecin face à la gloutonnerie

On retrouve dans le "Roman de Fauvel" en 1310 de Gervais de Bus les défauts et critiques contre la cour de Philippe Le Bel:

Flatterie, Avarice, Vilénie, Inconstance, Envie, Lâcheté...

Les codes de bonnes manières réapparaissent au 12ème et 13ème avec les civilités de table, on essaie de rendre acceptable le plaisir gourmand.

La gourmandise nuit-elle à la santé?

Un proverbe médiéval dit "la gloutonnerie tue plus que l'épée!"

Les médecins ne sont pas hostiles si vous ressentez du plaisir. Le sucre consommé par les élites appartient au monde "thérapeutique" des épices qui sont acceptées en fin de repas, censé faciliter la digestion, le sucre entre dans les compositions culinaires ainsi que les confitures. Le célèbre médecin et astrologue Nostradamus délivre au Moyen Age des secrets de beauté et des recettes de confitures.

Suite à venir avec les Gourmandises de Cocagne.