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PLEINS FEUX SUR LE NOIR DE SOULAGES

Le 29 août 2017, 18:57 dans Création 0

Le Musée Soulages inauguré en 2014 à Rodez, abrite la plus importante collection d'oeuvres (plus de 500!) de Pierre Soulages né dans cette ville en 1919.

Connu essentiellement pour ses oeuvres noires (et non l'oeuvre au noir de Marguerite Yourcenar!) cet espace nous révèle également un ensemble étonnant d'estampes, eaux-fortes, lithographies, sérigraphies, bronzes, travaux préparatoires et peintures au brou de noix sur papier en plus donc de ses toiles de tous formats.

Le musée offre un panorama extraordinaire de son travail dans un cadre où la lumière, judicieusement choisie et installée, révèle la beauté des monochromes aux matériaux divers captant inégalement la réfraction.

Avare de couleurs, il n'a pratiquement utilisé que le blanc, brun, noir et quelques touches de bleu et jaune ainsi que des ocres.

Soulages s'est intéressé et de façon quasi professionnelle à l'art pariétal. Il a réalisé des fouilles et a trouvé des pièces exposées dans un Musée à Rodez.

L'intérêt pour l'art médiéval aussi le conduira à envisager l'espace et les volumes un peu comme les artistes d'antan sans les perspectives qui lui semblent encombrer la créativité. Et sa profonde connaissance de cet art médiéval l'incitera à travailler avec le verrier Jean-Dominique Fleury à la création de vitraux destinés aux 104 ouvertures de l'abbatiale de Conques.

Bien sûr à ses débuts le jeune Soulages peint des tableaux figuratifs mais rapidement l'objet de sa peinture est la peinture elle-même.

Ce qui frappe quand on découvre les toiles de cet artiste c'est le côté vivant des tableaux du fait de la superposition des matériaux laissant souvent apparaître les couches sous-jacentes et cette consistance donne de la profondeur aux toiles.

On ne peut être indifférent devant un tableau et ce dernier nous invite à le voir sous différents angles pour découvrir des couleurs et effets divers selon les points de vue.

Soulages n'a pas d'idée préconcue lorsqu'il peint, il crée des situations pour trouver in fine ce qu'il cherche. C'est au regardeur que revient le soin de prêter un sens à ses oeuvres.

Pour lui "une peinture vit du regard qu'on lui porte"!.

La collection comporte 35 toiles dont certaines de très grands formats.

Au fil des salles du Musée, le noir envahit les salles jusqu'aux OUTRENOIRS " pour dire au delà du noir une lumière reflétée, transmutée par le noir". Et c'est vrai que la vie de ces oeuvres nous est révélée par la lumière que renvoie la toile et qui inonde notre espace.

A ses débuts Soulages utilise des pinceaux de peintre en bâtiment et du brou de noix et fait se croiser de grands mouvements de pinceaux dans une gestuelle maîtrisée.

Un de ses brous de noix est retenu pour l'affiche d'une exposition en Allemagne après guerre et le fera connaître.

Soulages travaille dans la matière et la surface des toiles reçoit des mouvements exécutés avec des brosses des griffes et même des lames.

Il n'a jamais vraiment appartenu à un mouvement artistique de son temps, il s'est fait par lui-même et jeune a beaucoup observé les artisans au travail non loin de sa rue à Rodez et il en a gardé un intérêt profond pour les gestes, les outils et les matériaux (son père était carrossier).

 SOULAGES "Soleil agissant" telle est la signification de son nom dans le pays Aveyronnais, alors que cet artiste peint des ténèbres mais qui irradient tellement de lumières.

 " Ce que l'on voit devant mes toiles, c'est la lumière transformée, transmutée par le noir. Une lumière qui vient du mur vers celui qui regarde. Du coup l'espace de la toile n'est plus sur le mur, comme dans la peinture traditionnelle, ou derrière, comme dans une perspective. Il est devant." nous dit Soulages 

 

Semaine au Louvre à Paris 3ème jour "Friand contre goinfre"

Le 25 septembre 2016, 16:18 dans Création 0

La bonne gourmandise, devenue une qualité, une expression de l'excellence sociale des élites, peut intégrer le modèle culturel français élaboré à partir du règne de Louis XIII.

Cette honnête gourmandise qui s'impose à partir du 17ème siècle n'est pas née en France mais en Italie.

La différence entre les 2 pays se situe surtout pour la France dans les mets et leur goût tandis qu'en Italie on détaille surtout les opérations culinaires.

On anoblit la gourmandise au 17ème et 18ème siècles après la triple animalité des manières à la table de l'Ancien Régime où l'on parle de GULA (gosier porc, glouton dindon, tête de bouc...)

En 1650 le visage du glouton est assimilé au "cul du bouc"!

Les comportements grossiers ne sont plus acceptés par les élites.

Il faut se surveiller constamment, modérer son appétit, contrôler ses gestes (ne pas se gratter la tête, ne pas se curer les dents, ne pas jouer avec son couteau...)

Chez La Bruyère dans les caractères description du Goinfre.

Les bonnes gourmandises sont des aliments à la mode non roboratifs:

  • melons
  • artichauts
  • vin clairet

Les Poires, pêches et figues sont tendance car moelleuses, elles peuvent être consommées sans bruit, leurs chairs sont fondantes et mangées sans montrer ses dents!

La France devient le royaume de la bonne chère.

Réduire le ventre et valoriser le haut du corps et le cerveau, c'est une forme d'intellectualisation.

Manière pour un homme de goût.

Le mot gourmand est péjoratif et est remplacé par "friand" et "gourmet" ainsi que "coteau (terroir)".

En 1680 l'usage de la fourchette apparaît dans les traités et sera présente partout au 18ème.

Les aristocrates, pour détourner la contrainte de peu manger, ont trouvé la solution en prenant des collations.

Même si le grignotage est interdit on assouvit sa faim par des collations, sans horaires que le jour soit gras ou maigre.

Semaine au Louvre à Paris 2ème jour

Le 10 août 2016, 15:21 dans Création 0

2ème jour

Grandeur et Misère du pays de cocagne

Le Pays de cocagne est une fable largement répandue en Europe au Moyen Age.

 

"Pieter Brueghel 1567 Le Pays de Cocagne"

Dans ce pays merveilleux et imaginaire l'utopie règne.

Pays lointain et difficile d'accès souvent une île, "à 3 lieues au delà de Noël (dixit le poète allemand Hans Sachs) ou à plus de millante milles de Florence par Boccace".

"Plus tu dors, plus tu gagnes"!

C'est l'abondance, les rondes festives dont les mouvements sont rythmés par les aliments permettent de manger à tout heure; tout est comestible.

"La Reine du pays de Cocagne" critique de Caherine de Médicis comparée à un tube digestif!

Il s'agit d'une invention médiévale  mais on en trouve des traces dans les récits bibliques (l'Eden et le merveilleux chrétien avec les miracles du pain et du vin) et les mythes de l'Antiquité avec la fontaine de Jouvence et la corne d'abondance. Mythe de l'âge d'or.

Ainsi dans les comédies grecques (cf les bêtes de Cratès) les dialogues évoquent des terres semblables au pays de cocagne..."les alouettes tombent rôties dans la bouche...des rivières de soupe charrient des morceaux de viande, les poissons viennent d'eux-mêmes ...se font frire ...des tripes de chevreau rôties tombent des arbres..."

Dans ce pays de cocagne on mange de la viande et on boit du vin. Mais l'alimentation carnée n'a été autorisée par Dieu à Noé et à ses enfants qu'après le déluge. De même Noé a été le premier vigneron et le premier homme à avoir subi l'ivresse. 

Ces fables sont révélatrices des sensibilités gustatives entre le 13ème et le 17ème siècle.

Le goût des épices marque la cuisine aristocratique du Moyen-Age.

Les épices facilitent la digestion et sont produites à l'Est et sont chères d'où la notion de puissance.

Des couleurs locales existent avec en Italie un pays de cocagne qui "déverse de gigantesques marmites de gnocchis sur des montagne de fromage râpé, la ricotta ourle les rivières ou blanchit les murs d'habitations décorés de rondelles de mortadelle..." voir ci-dessous:

En Irlande "les racines d'un arbre sont de gingembre...ses fleurs de noix de muscade, ses fruits de clous de girofle et son écorce est en cannelle..." "les alouettes, bien dressées tombent dans la bouche des gens tout imprégnées du jus de cuisson saupoudrées de girofle et de cannelle".

Et dans la version flamande au fleuve de vin s'ajoute un fleuve de bière.

Mais est-ce un divertissement ou une charge contestataire?

Selon les textes du 13ème siècle il s'agit d'une charge contre l'Eglise notamment contre les contraintes et pénitences alimentaires, les jeûnes et les abstinences calendaires.

Le pays de cocagne est en fait l'anti-paradis avec les conséquences du péché originel.

En fait toute cette littérature grotesque, burlesque et bachique accumulant jusqu'au trop plein les excès, l'abondance et l'ivresse répond aux frustrations alimentaires de l'époque ofrant par ces fables des rêves compensatoires et un défoulement des sens répondant aux privations des temps ordinaires.

Mais ce rôle psychique joué par le voyage en pays de cocagne n'a pas été compris par les élites repues.

Le pays de cocagne propose une satyre des moeurs relâchées du monde monastique sistercien.

 

Jérôme Bosch plante un arbre de cocagne au milieu de sa Nef des Fous, partis sans boussole à la recherche de ce pays irréel.

Terre des réprouvés, le pays de cocagne est devenu un repoussoir, un monde peu recommendable où se vautrent vauriens, paresseux et goinfres.

Revisité en repoussoir il entre dans les traités d'éducation, ainsi Fénelon, précepteur du Duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, rédige-t-il des fables pour édifier son élève.

Condamnant les plaisirs de la bonne chère et ses conséquences sur l'amollissement du caractère il reprend ces thèmes dans son Télémaque en 1699 où le héros narrateur accoste sur une île pleine de friandises sucrées à portée de mains:  rochers en caramel...montagne de compotes...forêts de réglisses...puis quittant cette île dont il se fatigue, il accoste sur une autre riche en mines de jambons et saucisses où il achète 12 petits sacs servant d'estomac pour avoir suffisamment d'appétit! Mais vite le narrateur se rend compte de l'amollissement des sens et de la paresse des habitants constatant que les plaisirs faciles ne rendent point heureux.

A suivre le 3ème jour "Friand contre goinfre"...

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